Vivre cachée #VieDeConvertie

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En ce qui concerne ma propre expérience, comme celle de toutes les personnes qui vivent leur religion cachées, ça a été très dur. Il y avait constamment ce sentiment de stress et de peur que mes parents découvrent la vérité. Si je ne leur ai pas parlé de ma conversion c’est parce que j’avais peur, qu’on se le dise clairement. Peur de leur réaction parce que je savais qu’ils avaient des préjugés liés à ce qu’ils voyaient à la télévision (du genre musulman=terroriste qui crie « Allahu Akbar » avant de tuer des innocents ou encore voilée=soumise à un homme). Quoi qu’il en soit, je voulais me laisser du temps pour choisir de quelle façon j’aborderais le sujet avec eux.

En attendant, je vivais cachée.

 

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J’avais commencé par m’acheter 2 petits livres sur l’islam que je cachais sous une pile de vêtements. Par la suite, j’avais commandé un jilbeb que j’ai fait livrer chez ma meilleure amie puis que j’ai scrupuleusement caché à l’intérieur d’un drap. Pareil pour tous les documents que j’avais imprimé. Il y en avait sur les noms d’Allah, il y avait aussi un programme de lecture du Coran,etc. J’avais mis tout cela dans un petit cahier que je remplissais d’informations diverses sur l’islam. Je cachais donc ce cahier encore une fois sous une pile de vêtements. Je prenais garde à ce que rien ne dépasse de la pile au millimètre près.

J’ai arrêté de manger du porc (et de la viande de manière générale) de façon un peu « brutale », ce qui n’a pas échappé à mes parents qui se sont posé des questions. Ma seule excuse était que « je n’en voulais pas »…

Pareil pour le vernis à ongles que je mettais auparavant absolument tous les jours mais que j’ai dû retirer pour pouvoir faire mes ablutions. En tant qu’ancienne grande fan du vernis, cela n’a évidemment pas échappé à mes parents non plus.

Mais tout cela fut bien pire lorsque j’ai décidé de me voiler, quelques jours après ma conversion. Comme j’habite dans un village assez petit où tout le monde connait à peu près tout le monde, je devais prendre garde à ce que personne ne me voit avec un voile (au risque que cela remonte aux oreilles de mes parents). Je me voilais donc une fois installée dans le bus qui m’amenait au lycée en ville. Bien sûr, je sentais les regards insistants sur moi et je me sentais extrêmement honteuse. De plus, j’avais au début mis le jilbeb, ce qui intriguait encore plus. Peu de temps après, j’ai opté pour un vieux foulard noir que j’avais déjà car plus pratique à enfiler et retirer. Même opération en fin d’après-midi quand je sortais des cours : une fois que le bus était presque arrivé à l’arrêt de mon village où je descendais, je retirais mon foulard. Mon quotidien c’était « voile, pas voile, voile, pas voile ». Je demande d’ailleurs encore aujourd’hui pardon à Allah, je ne cesse de me sentir honteuse et hypocrite…

Une des choses les plus difficiles était de prier. Je priais dans ma chambre, porte fermée mais pas à clé pour ne pas intriguer. Je devais mettre une couverture pour cacher mes formes à la place d’une abaya par exemple car plus facile à enlever si jamais un membre de ma famille débarquait dans ma chambre. Par chance, mes escaliers étant en bois, je pouvais facilement entendre si quelqu’un se rendait à l’étage. Ca me permettait d’anticiper en retirant ma couverture et mon foulard et en faisant mine d’être occupée à une toute autre chose. De plus, je ne pouvais pas souvent prier à l’heure (pour ne pas intriguer ma famille et également si je voyais que ma famille était à l’étage à l’heure de prier). La prière, qui est un moment de calme, de paix et d’intimité, se transformait pour moi en traque. Je devais me concentrer à prier tout en ouvrant bien les oreilles pour déterminer si quelqu’un se rendait vers ma chambre ou non. Je me souviens avoir fini de prier en sueur tellement je stressais, j’étais littéralement trempée de sueur.

 

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Je m’adresse maintenant aux personnes concernées. Je pourrais vous donner des conseils pour mieux vivre caché(e). Mais à la place, je voudrais vous inviter à en parler. Si c’est de votre famille que vous vous cachez (comme approximativement 98% des cas de convertis qui cachent leur choix à vrai dire), c’est d’autant plus important d’en parler. Au moment où je suis devenue musulmane, j’avais 16 ans et demi. J’étais donc mineure, et le fait de cacher ma conversion à mes parents n’a fait qu’accroître leur peur et les problèmes. C’est pour cette raison qu’il est, selon moi, particulièrement important de parler de son choix religieux à sa famille si l’on est mineur. Mais je garde le même avis pour les personnes majeures aussi, car je pense que c’est quelque chose d’important qui change une vie et qui mérite d’être expliqué à sa famille.

Dans un premier temps, veillez à bien les rassurer en parlant et en démontrant la fausseté des préjugés sur l’islam et sur les musulmans par exemple, mais aussi et surtout en disant que ce choix vous est entièrement propre (que personne ne vous a influencé/forcé). Puis montrez-leur à quel point vous êtes attaché à cette religion, à quel point elle est belle et puissante à vos yeux. Ils verront ainsi que ce n’est pas une attitude passagère mais plutôt un changement certain de vie vers le bien de votre part.

Un conseil si vous n’êtes pas encore musulman(e) mais que vous songez à vous convertir : ne demandez pas l’approbation de vos proches. Un choix de religion n’a pas à avoir l’approbation de quiconque, c’est un choix personnel qui ne peut se débattre. Si vous vous risquez à demander l’approbation d’un proche et qu’il vous répond qu’il refuse catégoriquement que vous vous tourniez vers l’islam, vous serez piégé. Piégé entre l’amour et le respect que vous portez à ce proche mais aussi celui que vous portez à l’islam et à Dieu. Vous ne voudrez pas décevoir ce proche mais vous serez mal du fait de ne pas pouvoir rejoindre l’islam.

Ce qu’il faut faire, selon mon propre avis, est de dire clairement les choses telles qu’on les pense. Affirmez-vous. Je pense qu’il faut carrément imposer son choix. Si vous imposez votre choix de façon correcte et pas trop brutale, vos proches comprendront que ça vous tient réellement à coeur, que vous êtes déterminé et que vous allez vous convertir coûte que coûte. Mais si au contraire, vous imposez votre choix de façon brutale, ils vont se brusquer, prendront peur et ne comprendront pas. Faites donc attention à votre manière de faire.

Montrez également que vous êtes ouvert à la discussion, que vous êtes prêt à répondre aux questions que vos proches peuvent se poser. La communication est primordiale dans ce genre de situation. Et surtout, ne rompez pas les liens même si votre famille n’accepte pas votre choix. Faites des efforts de votre côté pour les aider à comprendre et accepter celui-ci. En faisant votre possible pour garder les liens entre votre famille et vous, vous leur montrez que vous êtes patient et que vous refusez « d’abandonner » votre famille (notamment grâce à ce que l’islam vous apprend). Soyez patient, faites des efforts, et vous verrez que vous serez récompensé (si Dieu le veut). Allah voit tout, Il voit donc votre grande patience et les efforts que vous fournissez. N’oubliez jamais cela…

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