La discrimination à l’embauche

 

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Qu’est-ce que c’est ?

La discrimination à l’embauche, c’est le fait de traiter quelqu’un de manière différente en se basant sur des critères sélectifs qui sont subjectifs et qui n’ont pas de rapport avec le travail.

Pour faire plus simple, c’est refuser d’employer quelqu’un (ou le sanctionner/licencier) en raison de plusieurs critères personnels n’ayant aucun rapport avec le travail, comme l’explique d’ailleurs très bien l’article L1132-1 du Code du Travail :

« Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement ou de l’accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, telle que définie à l’article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, notamment en matière de rémunération, au sens de l’article L. 3221-3, de mesures d’intéressement ou de distribution d’actions, de formation, de reclassement, d’affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat en raison de son origine, de son sexe, de ses moeurs, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une prétendue race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou de sa domiciliation bancaire, ou en raison de son état de santé, de sa perte d’autonomie ou de son handicap, de sa capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français. »

 

 

Mon expérience + les questions interdites…

En juillet dernier, j’ai postulé pour faire un Service Civique avec l’Unicef. 1 mois après, on me contacte pour me proposer un entretien d’embauche. Je m’y rends, à l’heure. Je suis voilée, j’ai donc bien évidemment gardé mon voile pour me rendre à l’entretien. J’ai néanmoins essayé de faire un effort vestimentaire en mettant une chemise (longue qui arrive presque jusqu’aux genoux certes, mais une chemise quand même) avec un pantalon droit. Je me sens mal à l’aise dans cette tenue car je ne me sens pas assez couverte. J’ai quand même fait cet effort suite aux conseils de mes parents et à la petite voix dans ma tête qui me disait que ça serait plus présentable et « mieux vu » par les recruteurs (je le regrette aujourd’hui…).

Je suis bien accueillie, les deux recruteurs (une dame et un monsieur tous deux dans la cinquantaine/soixantaine) sont souriants. J’assiste alors à une petite « réunion d’information » avec les 3 autres jeunes qui vont aussi passer l’entretien. Il y a une fille blanche, un garçon blanc et un second arabe.

Vient ensuite le moment des entretiens individuels. La fille commence. Les deux garçons décident de sortir dehors pendant ce temps, moi je reste là. J’étais assise juste derrière la salle où les recruteurs questionnaient la fille, je pouvais donc facilement entendre ce qu’il se disait. Rien de spécial à notifier, aucune question ne me paraît bizarre ou déplacée.

C’est ensuite au tour du jeune arabe. Cette fois, j’entends quelques questions qui me semblent inadaptées… En effet, l’homme lui demande quel est son rapport avec la religion. Je m’en souviens très bien puisque je me rappelle avoir entendu le garçon répondre qu’une partie de sa famille est chrétienne et l’autre musulmane. La femme à côté de lui n’a rien dit, elle ne semblait donc pas être dérangée par la question mais plutôt intéressée par la réponse. Je trouve la nature de la question bizarre mais je n’y prête pas plus attention que ça.

C’est maintenant à mon tour. Après une série de questions d’ordre professionnel, l’homme regarde mon voile et me dis quelque chose comme : « Je vois que tu portes le voile, tu es donc musulmane ? ». J’ai répondu que oui puis il m’a demandé si ma famille l’était aussi, ce à quoi j’ai répondu non. Il avait toujours un grand sourire et la femme à ses côtés ne disait toujours rien : elle ne s’opposait toujours pas à ces questions. Par ailleurs, il m’a aussi demandé quel métier exerce mes parents. C’était mon tout premier entretien d’embauche, j’étais très concentrée et un peu stressée ; je n’ai donc absolument pas tilté sur le coup lorsqu’il m’a posé ces questions. J’ignorais que c’était des questions qu’il n’avait en réalité pas le droit de poser.

A part ça, mon entretien s’est très bien passé d’après moi. Je me suis sentie à l’aise et j’ai su prouver que les enfants et l’aide (/l’humanitaire) me tenaient véritablement à coeur. J’ai veillé à bien choisir mes mots, à parler poliment et distinctement. J’étais confiante et certaine d’avoir ma chance.

Peu de temps après, j’ai reçu un mail de leur part me disant que je n’avais pas été retenue. J’ai repensé à cette histoire et je me suis demandé si les recruteurs avaient bien le droit de poser ce genre de questions. J’en ai parlé à mes parents qui n’en savaient rien. J’ai rapidement laissé tomber en me disant que j’avais dû fauter quelque part pour qu’ils me refusent.

C’est seulement récemment que je me suis décidée à me renseigner sérieusement à ce sujet.

Je vous mets ici plusieurs liens de sites internet qui indiquent toutes les questions qu’un recruteur à l’interdiction de poser lors d’un entretien d’embauche : Article 1 ; Article 2 ; Article 3 ; Article 4 ; Article 5 ; Article 6. L’une d’elle concerne son appartenance religieuse…

Les recruteurs ont posé plusieurs questions concernant la religion à l’arabe et à la voilée, mais pas à la blanche qui n’avait pas l’air musulmane. Comme par hasard. Je ne sais pas ce qu’il en est pour le garçon arabe en question ni des deux autres jeunes blancs, mais moi on m’a refusé. Comme par hasard. Vous pouvez dire que je suis parano ou appeler cela comme vous voulez, mais moi j’appelle ça de la discrimination à l’embauche (avec peut-être une touche d’islamophobie et de racisme d’ailleurs…). Ni plus ni moins.

 

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Que faire si le recruteur me pose une question interdite ?

Soit tu es cash, soit tu « coopères ».

Si tu veux vraiment être recruté et que ces questions ne te posent pas de problème, réponds sincèrement.

Si tu veux vraiment être recruté mais que tu ne veux pas répondre à ces questions, choisis la subtilité. Par exemple, si on te pose une question sur ta situation familiale, réponds que quelle qu’elle soit, elle n’impactera en rien ton travail.

Si tu es conscient que ce sont des questions interdites à poser et que ça te dérange, réagis cash et fais la remarque au recruteur. Mais dans ce cas-là, ne t’attends pas trop à être recruté car le recruteur va sûrement mal le prendre…

Personnellement, travailler pour quelqu’un qui pose des questions à des fins discriminatoires ça ne m’intéresse pas. Alors je préfère réagir directement, quitte à ne pas me faire embaucher. Je vais maintenant m’occuper personnellement de cette histoire, mais je vous conseille vraiment de ne pas faire la sourde oreille quand il s’agit de questions discriminatoires. Un recruteur qui vous pose ce genre de questions n’en a rien à faire de vos compétences professionnelles, il s’intéresse directement à votre vie personnelle pour savoir s’il peut vous engager ou non. C’est très malhonnête et illogique.

 

Je suis victime de discrimination à l’embauche, qui dois-je contacter ?

Pour rappel, un individu qui commet un tel acte risque jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende (Article 225-1 et 225-2 du Code Pénal).

Il y a une multitude de solutions qui s’offrent à vous si vous êtes victime de discrimination à l’embauche. Vous pouvez saisir le Défenseur des droits (anciennement la Halde), le Conseil des prud’hommes, les organisations syndicales ou la juridiction administrative. Vous pouvez aussi porter plainte au commissariat ou directement au Procureur de la République mais aussi contacter les associations de lutte contre les discriminations.

La discrimination à l’embauche est illégale. Ce n’est pas quelque chose de normal, il faut absolument la dénoncer.

 

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